Quand on vous aime comme vous êtes


Il y a quelques années, j’ai du faire un choix :

 

Me mettre au régime pour une durée indéterminée et probablement renouvelable, épiler mes poils dont je me fout éperdument (occasionnant douleurs, frais et empreintes écologiques diverses), me tartiner de maquillage tous les jours que le système solaire fait (occasionnant retards, frais et empreintes écologiques diverses), faire gaffe à mes fringues, à mes cheveux, à mes sourcils, à la couleur de ma culotte sous mon pantalon, à ce que je mange en public, à attraper du sport alors que j’ai pas envie,

 

ou …


… Ou accepter de vivre hors des canons de beauté inatteignables qu’on nous impose. Et manger ce qui me plaît, passer du temps avec mes potes au lieu de m’arracher les poils, acheter des bouquins avec les thunes du maquillage, ne pas passer ma journée à me demander quand est ce que bordel on m’autorisera à enlever ce p***** de soutif qui m’oppresse pour ne le faire qu’une fois rentrée chez moi à l’abri, et apprendre à me foutre des remarques des autres. Oui. Tou-te-s les autres. Toute la vie.

 

J’ai fait le choix qui m’a paru m’amener le plus de bonheur à long terme. J’ai décidé d’être moi. Que les autres s’en contentent. Moi, ça me rend heureuse.

 

Alors c’est vrai, c’est pas tous les jours facile. Des fois, j’aimerais être mince, épilée et avec des seins qui ne tombent pas. Des fois, j’aimerais ne pas vivre dans un monde où des ados te photographient les jambes dans le tram parce qu’ils découvrent que la nature a fait les femmes avec des poils. Mais bon. Je ne vis pas dans Gimp ou Photoshop, et le bonheur accumulé avec mes partenaires d’amour qui m’ont trouvé/me trouvent belle, tous les petits plats que je me suis enfilés sans scrupules aucuns, les fringues moches et douillettes que j’ai porté et dans lesquelles je me sens à l’aise, le regard de mes mômes pour qui je suis la plus belle maman du monde et tout le reste continuent de me convaincre tous les jours que j’ai fait le bon choix.

 

Je n’ai jamais été attirée par des humain-e-s selon des critères d’âge, de sexe, ou de physique. C’est toujours un ensemble qui m’a plu, personnalité comprise, et je n’ai jamais réussi à admettre les critères de beauté de notre siècle. Je n’ai surtout jamais réussi à admettre que ces critères puissent rendre tant de monde malheureux-ses. Parce que ça ne rend pas beaucoup de gens heureux-ses, quand même, soyons honnête. Vous en connaissez beaucoup, vous, des gens satisfait-e-s de leur physique ?

 

Le maquillage, pour moi, c’est découvrir sur les visage et les corps une sorte d’infini de la beauté humaine. Chaque visage, chaque corps est différent. Chaque nouvelle « toile » apporte son lot de beauté, de caractère et de contraintes artistiques. Et c’est de la contrainte que naît souvent la créativité. Peindre sur un corps, c’est toujours une belle expérience. Maquiller des personnes âgées avec les rides qu’elles voudraient ne plus voir et qui deviennent des sources d’inspiration ; des femmes enceintes avec des vergetures qui tracent des liens dans leur maquillage ; des corps de toute corpulences et de toutes tailles pour le bonheur partagé du-de la maquillé-e et de son « public » : voilà qui ravit le cœur de la maquilleuse que je suis.

 

Alors non, pour mes séances photos, je ne sélectionnerais jamais mes modèles hommes ou femmes sur des critères de poids, de taille, de canons de beauté. Cela me paraîtrait aussi aberrant et abject que de faire des choix en fonction de la nationalité, de la couleur de la peau ou du sexe. La seule vraie façon de sélectionner un modèle c’est son envie de participer au projet, et sa disponibilité pour ce faire.

 

Alors soyons nous-même, et aimons nous très fort !!!

 

Et n’hésitez pas à me contacter si vous souhaiter être modèle pour un projet maquillage, qui que vous soyez, et quel que soit votre physique !!!

 

Texte : Kapik
Illustration : Agathe Cheyron / Atelier Kodama