Quand on est invitée dans la vie d’un bébé trop tôt disparu


Être maquilleuse, c’est pour moi également souvent se poser la question de l’utilité de mon métier. Par là même de l’utilité de l’art, de sa légitimité, de son sens.

 

Et parfois, au cours de ma pratique, j’aperçois un bout de réponse.

Parfois c’est le bonheur de ceux/celles qui oublient leurs soucis le temps d’une soirée. Parfois c’est le sens que revêt la participation à des projets sur des sujets aussi importants que la lutte contre les violences faites aux femmes. Et parfois, c’est en accompagnant une famille dans un moment essentiel et infiniment difficile de leur vie : le décès de leur enfant au cours de la grossesse.

 

 

Perdre un enfant au cours d’une grossesse est toujours un drame pour la famille. Quel que soit le stade de la grossesse, quel que soit la raison de l’interruption. Qu’il s’agisse d’une fausse couche, d’un problème médical, d’un choix.

 

Dès lors qu’on a envisagé, ne serait ce qu’une seconde, l’avenir avec son bébé, le perdre devient dramatique. Faire son deuil est un chemin plus ou moins long et compliqué selon les familles ou les femmes, et souvent, ces femmes et ces familles sont seules face à cette expérience.

 

On ne parle pas d’une fausse couche, c’est soi-disant trop tôt pour dire qu’on attends un enfant. On croit être seuls face au décès d’un bébé au cours de la grossesse, face à une IMG, parce que quasi personne ne parle d’expériences similaires autour de nous. On craint de parler d’une IVG, par peur de ce que les réactions de l’entourage pourraient ajouter à notre peine. On reste seul-e-s avec sa douleur, et de ce fait on se coupe de la possibilité de vivre son deuil avec le soutien de ses proches, ou simplement de se sentir légitime de vivre un deuil.

 

Mais ce n'est pas une fatalité. J'ai appris que peu importe combien de temps ces bébés nous ont accompagné, leur donner une existence, accepter leur arrivée et leur départ trop rapide, peut permettre de vivre son deuil différemment. De vivre un deuil, quand on croyait ne pas avoir le droit de se le permettre pour un-e petit-e être qui n’a pas existé longtemps. D’être entouré-e-s de celles/ceux qu’on aime.

 

L’un de ces enfants disparus beaucoup trop tôt aura eu la chance d’être accueilli dans une famille incroyable, à l’amour infini et au courage immense. Grâce à ses parents, à leur si belle façon de donner une existence à ce tout petit bébé, à ne pas faire de sa mort un tabou, à partager leur peine et à permettre à leur proches de vivre la leur face à cette perte, j’ai appris.

Appris que le deuil doit se faire, qu’il n’y a pas de « temps minimum d’existence » du bébé pour qu’on doive le vivre. Le deuil d’une vie, le deuil d’un rêve, le deuil de nos projections ensemble.

 

Et ce tout petit bébé qui n’est passé que quelque mois dans ma vie il y a quelques années m’aura apporté énormément tout de même. Apporté de l’amour, et la paix avec ma propre histoire.

 

J’ai eu la chance de vivre avec lui et sa famille un des plus beaux moments de ma vie de maquilleuse : un bidonpainting de sa si jolie maman, le maquillage des mains de son papa, un moment qu’ils ont vécut tous les 3, qu’ils se sont offerts pour se vivre en famille.

 

Ce n’est pas tous les jours que la pratique du maquillage revêt autant de sens. Mais si de toute ma carrière on ne doit retenir qu’un moment, j’aimerais que ce soit celui là.